La vie lointaine.

Publié le par clarac

La vie lointaine.

 

Court/moyen métrage de 56’ de Sébastien Betbeder.

J’avoue être assez ennuyé pour commenter ce film. Ma culture et mes références cinématographiques sont inexistantes. S’agissant ici d’une création « d’auteur », c’est donc d’auteur à auteur que je vais prendre la parole en m’appuyant sur mes expériences de créateur papier…

Ce film est dans un format inhabituel, 56’, trop long pour un vrai court métrage, trop court pour un long métrage. Donc, pour moi, trop long pour une « nouvelle », trop court pour un roman ; une « novella » donc ? Quoi qu’il en soit, on sent bien, c’est mon sentiment, que malgré cette liberté de format/durée l’histoire reste prisonnière d’un carcan et demanderait plus d’espace/temps pour s’épanouir pleinement. Hélas, nous sommes parfois trop contraints par le format imposé de diffusion, et ce besoin d’espace n’est pas toujours disponible, sur la pellicule, comme dans les pages d’un bouquin.

Ceci n’enlève rien à l’œuvre elle-même ; même si j’avoue que certains passages essentiels sont donc pris en étaux entre-eux et peuvent, si on n’y est pas attentif, donner une impression confuse. Pourtant tous les éléments sont bien là et leurs réponses les eux avec les autres en font une construction précise et subtile.

Il s’agit bien d’un film de création qui peut paraître assez hermétique. Il pourrait être commode de prétendre que c’est du cinéma d’initiés pour initiés et lui refuser le large public qu’il mériterait. Bien que celui-ci ne soit peut-être pas évident à trouver.

Je ne voudrais pas laisser entendre que je n’ai pas aimé, car ce serait faux.

Je suis assez embêté pour m’étaler sur le récit lui-même ; j’ignore dans quelle proportion ni dans quelles conditions ce film se trouvera projeté à l’avenir. Je ne voudrais pas influencer la « lecture » des futurs spectateurs avec mes interprétations personnelles, ce serait bien dommage.

Or, il s’agit d’un récit de fiction dans lequel l’Imaginaire, le fantastique, s’épanouissent avec une subtilité au codage multiple. Multiculturel avec les reflets croisés entre l’art japonais et l’Occident. D’ailleurs, chaque scène pourrait se lire comme un haïku, qui se suffit donc à lui-même, et dont pourtant l’ensemble forme ce récit global qu’est ce film. Multiple encore avec des « ours » qui parlent, une soucoupe volante, un fantôme… une parachutisme, etc. Multiple toujours avec le créateur privé d’inspiration, et le créateur devenu spectre qui ne peut plus créer… Entre Réalité et Imaginaire, nous savons bien qu’il existe une frontière que les créateurs que nous sommes tentons de franchir continuellement. Parfois, et même toujours, nous avons tous besoin d’un passeur, d’un intermédiaire ; d’une muse ?

C’est exactement le sujet de ce récit, qui met en scène un de ces « passeur » dont la seule présence lève le voile entre les deux univers.

Si l’histoire est présentée comme le récit d’un cinéaste japonais en mal d’inspiration qui ne parvient pas à traduire dans son art, le Cinéma, la création inachevée de son compatriote « auteur » ; c’est avant tout, pour moi, le parcours « initiatique » d’un homme qui s’est cru mort assez longtemps pour ne plus se savoir vivant. Étant à la fois dans les deux mondes il devient, l’intermédiaire, le passeur, l’interprète (j’opte définitivement pour ce mot, préjugé conscient du langage) idéal entre ces dimensions qui se cherchent sans se rencontrer. Il est cette porte entre-ouverte qui ne s’assume pas. Sa seule présence produit donc dans les deux dimensions des interactions qui donne à ce film cette atmosphère surréaliste.

Je regrette déjà de ne pas pouvoir revoir ce film pour y porter un regard plus attentif. Bien que je sache pertinemment, puisque j’ai le même souci avec mes lecteurs ; c’est que quoi qu’on ait voulu exprimer, le lecteur/spectateur perçoit ce qu’il veut y mettre au moment où il est réceptif. Et que donc il ne saurait y avoir deux lecture identiques, même du même « lecteur ».

Ce que fait dire à son auteur qu’il n’a voulu exprimer aucun « message » et qu’il laisse libre le spectateur d’interpréter… Sauf que je ne le crois pas, si le message n’est pas formel, ni révélation, ni morale, ni leçon ; forcément il a désiré exprimer quelque chose ! Maintenant, comme on n’est jamais sûr qu’on sera « bien lu »…

Il y aurait beaucoup de chose à dire sur ce film. Et toutes, en fait, n’auraient de sens que pour moi. Donc je vais abréger.

Je voudrais juste évoquer une scène qui exprime, pour moi, très bien ce « seuil » entre les mondes que ce film raconte. Quand Martin rencontre le fantôme de l’auteur japonais, ce spectre est dans l’obscurité. J’ai peine à croire que ce soit une erreur technique à la prise de vue que d’avoir joué de la lente disparition, dissolution du fantôme dans l’obscurité au point de le rendre imperceptible, mais présent, alors qu’il communique avec Martin.

 

Sébastien Betbeder nous promet une suite… je suis impatient, car je reste tout de même sur un petit doute. Le cinéaste japonais, grâce à l’interprète, fait son film… mais le « passeur » est un peu oublié. Choisit-il au final un monde contre l’autre ? peut-il rester indéfiniment sur le seuil ? Et en même temps, suis-je bien certain de vouloir savoir ?

 

En conclusion, c’est un film à voir.

Je le conseille surtout à mes amis auteurs des imaginaires.

 

Sébastien Clarac

Publié dans mes lectures

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