Résurrection d’un texte

Publié le par clarac

Un texte, une nouvelle pour l’essentiel, meurt-il à la publication et vit-il une autre existence dans l’au-delà des Lecteurs ? Ouvrir, parfois, le livre qui lui sert de tombe comme pour déposer des fleurs à sa mémoire, est-ce le seul privilège de l’auteur ? Or, à la lecture, l’auteur ayant évolué avec les ans, ce dernier ne peut s’empêcher (du moins moi) de se dire : « ça a mal vieillit ! » et d’imaginer aussitôt une véritable remise à niveau stylistique, un profond remaniement… du moins, sincère.

Dans un texte, selon moi, il faut distinguer la forme et le fond. Le fond c’est souvent ce que l’on nomme l’inspiration. Quelle est la part de l’un et la part de l’autre ? À l’évidence cette inspiration, cette idée, « la problématique de votre expression » (la mienne) peut aussi bien être un diamant brut comme un morceau de verre mal dégrossit et sans valeur, a priori. Cette part, quoi qu’on en dise, est immuable. En revanche, la manière d’aborder cette idée, de la traiter, de la travailler ; et pour garder l’image du diamant brut ; le comment on va le laver, le tailler, le ciseler, comptent beaucoup. Selon moi. Plus encore, car ceci ne concerne que l’idée elle-même, il convient aussi de s’intéresser à comment l’orfèvre l’incère dans un bijou, et quel bijou ? Cuire, Or, fer blanc, platine ou adamantium ? Puis, quel écrin offre-t-on à ce bijou ; du papier mâché ou du marbre incrusté de turquoise et de jade ?

Si c’est en forgeant qu’on devient forgeron ; n’est-ce pas en écrivant qu’on devient écrivain ? Avec un bémol, toutefois au proverbe : forger ou écrire ne suffit pas en soi ; faut-il encore œuvrer avec une réelle volonté de progresser et de s’élever, de s’améliorer, de ne pas se satisfaire de l’acquis, d’expérimenter, d’apprendre autant de ses échecs que de ses succès. Ceci implique du forgeron de porter un regard sans cesse critique, et entendre celui des autres, sur sa création.

En écriture, comme en ferronnerie, je ne crois pas aux recettes magiques, aux formules miracles ni aux solutions toutes faites. C’est toujours relatif à un contexte, un environnement et en lien, dans son absolue, à la manière que l’artisan appréhende son art.

Donc en ce qui me concerne, même si l’idée, à la base n’a pas plus de valeur et d’originalité qu’un éclat de verre ; et pour lequel je ne peux rien : elle est comme elle est ! Je sais, en revanche, que je ne peux pas agir sur cette idée, je peux m’attaquer à sa mise en forme, que tout le travail d’orfèvrerie et de ferronnerie (stylistique) autour me permettra, peut-être, e produire un joyau dans un écrin qui saura séduire. Même si la matière à la base n’est que du vulgaire verre.

Comment puis-je donc, me satisfaire d’une publication passée, comme me contenter d’un travail de ferronnerie réalisé en apprentissage avec des outils devenus caducs et un savoir faire embryonnaire ? Bien sûr que je repose le bijou sur l’établi !

Après, le bijoutier est libre de ce qu’il accepte de prendre dans sa vitrine. Certains peuvent refuser ces pièces refaçonnées sous prétexte qu’elles sont d’occasion, c’est son droit. Chacun est libre dans sa boutique.

J’avoue, pour ma part, avoir un faible pour les rituels de résurrection…

 

Voilà pour aujourd’hui, excusez-moi de vous quitter, mon établi m’attend.

Sébastien CLARAC

Publié dans errances...

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