Ni chaud ni froid.

Publié le par clarac

 D’habitude, il faut bien le reconnaître, l’annonce d’une publication prochaine me regonfle à bloc et l’appel du clavier devient irrésistible. Ça rassure sur son talent, récompense le travail et encourage. En général, et toute affaire cessante, je ne me consacre à rien d’autre qu’à l’écriture pour un bon moment…

Pas cette fois.

Au contraire, je me sens vidé et le clavier devient répulsif.

Je m’en moque complètement, ça ne me fait ni chaud ni froid.

J’ai perdu la flamme sacrée avec mon père ; l’idée qu’il ne pourra plus lire, me lire, retire tout attrait à l’exercice. Même si c’est difficile à deviner, toutes les valeurs que j’essayai de défendre et qui teintaient mes récits en filigrane étaient les siennes. Son incroyance confiance et foi en l’Homme, cette idée que ni le destin ni la fatalité n’existent et qu’un homme n’accède à l’humanité que par sa capacité à les renier l’un et l’autre pour, quitte au prix d’un lourd sacrifice, à écrire lui-même sa destinée sont siennes. Ce pouvoir, ce devoir pour lui, de chacun de refuser la soumission facile et rassurante pour trouver le courage de réfuter les évidences, de refuser la facilité et d’oser, si nécessaire, nager à contre courant.

Voilà l’héritage qu’il me laisse ; et je suis désormais seul pour poursuivre cette lutte incessante, le transmettre à mes enfants comme il nous l’a transmis à mes frères et à moi-même.

Sauf que son absence me laisse désemparé, désarmé et désorienté.

L’écriture, l’arme que j’avais choisie pour mener ce combat me paraît tout d’un coup si dérisoire, inutile et futile.

Pour l’heure je n’ai qu’une envie, c’est déposer les armes à mon tour et après tout qu’importe ; je ne suis pas à la hauteur du combat qui m’attend. Je n’ai, hélas, pas sa force d’âme pour rester debout vaille que vaille face à l’adversité et malgré la maladie.

Tout d’un coup mon écriture prend un goût amer et fade tant il est en de ça de ce qu’elle devrait. L’impression d’avoir échoué toutes ces années à exprimer avec une médiocrité implacable une valeur si profonde que j’ai le sentiment de l’avoir édulcorée et trahie. Ce qui est intolérable.

Quand je regarde aujourd’hui le résultat de ces quinze années de création j’éprouve un véritable écœurement. C’est si éloigné de ce que ce devrait que je me demande si je ne me suis pas fourvoyé toutes ces années sur un mauvais chemin.

J’ignore si je vais poursuivre sur cette voie ou en prendre une autre.

Il n’aurait pas aimé que je me pose seulement cette question : pour lui un choix se devait d’être assumé jusqu’au bout et ce quel qu’en soit le prix.

Mais voilà, je n’ai plus envie, plus comme jusqu’ici. Si je dois reprendre le clavier je me dois d’être à la hauteur et je ne le suis pas. L’encre, comme mes larmes, refuse de couler.

C’est la première fois que j’ai l’impression d’être perdu pour de bon.

Sébastien CLARAC alias (Alaric S Thorismond)

Publié dans errances...

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Cédric 19/04/2010 21:18


Courage, Sébastien.


clarac 04/06/2010 17:06



Merci bien, mais l'heure est à avancer maintenant.



Hans Delrue 07/04/2010 23:15


On ne se connaît que par quelques écrits interposés, mais je te souhaite bon courage dans ces circonstances. N'abandonne pas.