Paradis sur mesure de Bernard Werber

Publié le par clarac

 

paradis sur mesure

 

.           Mes lectures ; si cette catégorie de mon blog est peu alimentée ces derniers temps ce n’est pas parce que je ne lis plus. Mais bien que je ne juge pas utile de parler de titres qui n’en valent pas la peine. Après tout, mon avis n’est que le mien, subjectif et relatif à mes goûts individuels, à ma sensibilité et l’humeur du moment. L’univers littéraire de l’imaginaire en général, de la Sf en particulier est tel qu’il faut être inconscient et irresponsable pour tirer à boulet rouge sur l’ambulance. Alors, lorsqu’en plus il est question de la « nouvelle », nous n’avons plus affaire à une ambulance mais au corbillard… Si je n’aime pas, c’est mon problème à moi, inutile d’en faire état en public.

.           Est-ce à dire que la seule existence de ce billet suggère que Paradis sur mesure m’a séduit ? En fait non, mais l’intérêt de ce titre est ailleurs.

.           En effet je ne peux pas me prétendre séduit par ce titre, sans aller jusqu’à me déclarer déçu comme l’expriment certains lecteurs à son sujet sur les « commentaires d’Amazon ».

.           La première raison pour laquelle je rédige ce billet c’est qu’il s’agit du cadeau d’anniversaire de mon fils, et même si l’attendu n’est pas au rendez-vous, cette lecture a nourri mes réflexions dont je vais vous en livrer certaines. La seconde raison tient au fait qu’un de mes élèves m’exprimait sa difficulté à lire Werber alors qu’il avait beaucoup apprécié la trilogie des Fourmis. J’avoue lui avoir alors conseillé ce qui pour moi sont ses deux meilleurs romans ; les thanatonautes, et Le père de nos pères (qui est de loin mon préféré, goût personnel). Bernard Werber est un excellent romancier, alors qu’il nous présente un recueil de dix et sept « histoires » mérite qu’on s’y arrête…

.           Notez bien, dix et sept « histoires », comme cela est bien mentionné en quatrième de couverture ; il n’est nullement question de « nouvelles », et à juste titre ce n’en sont pas. Toutefois il s’agit du format « court », de court métrage ce qui mérite qu’on s’y intéresse ne serait-ce que parce que l’auteur s’y est lui-même intéressé.

.           Avec Paradis sur mesure, Bernard Werber nous promène entre futurs possibles et Passés probables. Une conjugaison difficile, osée et ma foi, quand on admet qu’il ne s’agit pas de nouvelle, pas mal réussi en fin de compte.

.           À la condition d’admettre que ces « histoires » ne sont pas des nouvelles, pas toujours des récits (ni des histoires d’ailleurs). Avec quelques exceptions bien entendu. Lorsque le récit existe, et c’est là une de mes premières réflexions, et question, il n’est pas possible de la qualifier de nouvelle car le récit est précédé d’un long exposé pour décrire « l’environnement ». Ce qui devrait se livrer de lui-même à la lecture dans une nouvelle. Est-ce là un choix de l’auteur, volontaire et conscient d’avoir un lectorat familier du roman auquel cette préparation doit conduire vers la nouvelle pas à pas ? Ou le fait de l’éditeur, conscient de l’état du marché de la science-fiction, et surtout de celui dramatique de la « nouvelle » qui par cet artifice tente d’acclimater le lecteur du format long au passage au court métrage pour limiter la casse ? Si ce titre est construit ainsi afin de gagner du public à la « nouvelle » l’essai est louable et il faut rendre hommage tant à l’auteur qu’à l’éditeur pour leur témérité. Et j’avoue que je ne vois pas d’autres raisons pour que ce titre soit ainsi construit ni que ce qui auraient pu/du être des nouvelles n’en soient pas au final.

.           C’est donc de tout cœur que j’espère que cet objectif soit atteint, le lectorat habituel du roman pourra peut-être de cette manière s’initier au format court pour à l’avenir s’intéresser, peut-être, à la nouvelle qui est un récit à part entière, d’un condensé d’émotion, qui se dispense d’un long préambule de mise en condition (bien au contraire).

.           Or, puisque l’éditeur n’a jamais prétendu présenter de la nouvelle et parle « d’histoires » ; je dois certainement être dans l’erreur. Le mot même « d’histoire », passe partout cache mal et peut même induire en erreur le lecteur… mais si la nouvelle n’a pas déjà les faveurs du public, ne l’effrayons surtout pas en parlant « d’essais ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit pour l’essentiel. Des essais, des prospections, tout à fait réussi au demeurant, mais le propre d’un essai n’est pas de s’exprimer en récit (histoire), d’ailleurs l’absence de personnage, de dramaturgie, me conforte dans cette opinion. Ce qui ne signifie pas que l’essai manque d’intérêt ni qu’il ne faille pas prendre la peine de le lire, bien au contraire, cela se lit un peu autrement et s’apprécie de la même manière. Je reste toutefois sur le sentiment que ces essais sont, étaient, des proto-synopsis de romans désormais avorté puisque l’auteur en nous les livrant ainsi y renonce. C’est bien dommage.

.           Vous y retrouverez les thématiques chères à l’auteur, l’écologie, l’entomologie (évidemment) et bien d’autres qui ont chacune leur intérêt.

.           Pour conclure je dirais que Paradis sur mesure est un titre audacieux, risqué et qu’il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain parce que l’a priori, l’attendu n’est pas nécessairement au rendez-vous. Bernard Werber nous apporte autre chose et chacun doit, comme d’habitude, pouvoir y trouver de quoi le satisfaire d’une manière ou de l’autre.

.           En général j’évite de rédiger un billet et de commenter l’œuvre d’un auteur qui n’a pas besoin de la voix étouffée dans la toile (WEB) d’un blogeur parmi tant d’autres. Franchement il n’a pas besoin de publicité, pas de la mienne en tout cas. Mais cette fois, compte tenu de ce que je suppose, mais peut-être ai-je certainement tort de la première à la dernière ligne, ce titre méritais que je rédige un petit quelque chose que personne ne lira.

 

Sébastien Clarac (le 9 février 2012)

Publié dans mes lectures

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