Pensée numérique…

Publié le par clarac

 

 

Si l’une de mes axiologies, (problématique ou préoccupation) de mes recherches en histoire concerne les 14ème et 15ème  siècle et la profonde mutation sociale, de pensée, de représentation de cette période pré réforme, pré renaissance avec, grâce ou à cause de l’imprimerie et du bouleversement du rapport de la société à l’objet livre qui passe d’un usage « collectif » à « individuel »… enfin vaste question fascinante, du moins pour moi.

Même si j’ai horreur de comparer des phénomènes historiques ; ce qui est un risque majeur qui pourrait laisser entrevoir une perception cyclique du monde et de l’univers et surtout autoriser à penser qu’il est possible de tirer des leçons de l’histoire, ce qui est faux et dangereux ! Passons… Il se trouve que la révolution numérique en court avec Internet bouleverse le monde, le rapport à l’écrit, à la lecture et à l’objet livre devenu « immatériel » de façon aussi profonde que l’imprimerie en son temps.

.         Ce n’est pas la première fois que l’étudiant est rattrapé par l’histoire en marche. La première fois ma perception en avait été si chamboulée que je ne l’aborde désormais plus que sous l’angle ethno anthropologique ; un peu victime et ballotté à l’époque, impuissant. Cette fois c’est bien différent puisque que je plonge de mon plein gré dans la déferlante. Même s’il s’agit d’une hérésie, tant anthropologique qu’historique de quitter le rôle d’observateur pour endosser le costume de l’acteur ; il faut avouer que quoi qu’il en soit je suis un homme de mon temps et que de fait mon regard et ma perception des choses de mon temps est biaisé. Alors autant ne pas se priver et sauter dans le train en marche !

.         Voilà, ceci pour dire que j’avoue ma conversion au numérique… c’est un format, et un média, que je vais désormais privilégier tant à titre personnel que professionnel. En tant qu’auteur et aussi d’éditeur associatif. C’est cette mutation en cours qui retarde encore la parution de Station Fiction et des collectifs programmés.

.         Or cela va plus loin encore que la transformation de l’univers du Livre. Le monde pédagogique est désemparé par la génération qui lui est actuellement confiée et dont le cerveau fonctionne désormais déjà sur un mode d’apprentissage adapté à ce nouvel univers tandis que les enseignants et les méthodes pédagogiques appartiennent encore à l’ancien monde. Un public encore plus « individualiste » et ce n’est pas un gros mot dans ma bouche sur lequel on s’obstine à appliquer une approche collective. L’échec ne devrait donc surprendre personne. « L’École » est complètement à réinventer… voilà un autre aspect qui me fascine.

 

Aux nouvelles

.         À côté de cela je suis et reste un auteur qui s’amuse à exposer ses analyses et réflexions non pas dans des articles que personnes ne lit mais dans des récits que personne ne lit non plus.

.         Toutefois je trouve ce mode de restitution littéraire plus amusant et je compte bien persévérer et je me moque tant des boutades des confrères que des critiques des Grands Prêtres de l’édition. Même s’il est vrai que ces derniers temps, pour réapprendre à écrire, pour évaluer la reconquête de mes capacités rédactionnelles je me suis plié aux « normes » et aux « modes » du milieu. Voilà, l’évaluation est terminée et j’ai fini de refonder mon rapport à l’écriture, technique et physique pour compenser les séquelles de mon AVC. Bien que je sois loin des rendements, des capacités de 2007 ; ma nouvelle configuration ne rend à nouveau créatif. C’est donc avec plaisir que je recouvre ma liberté artistique et retourne à ma vocation initiale.

.         Cela débute par l’abandon du format « nouvelle » (qui n’est pas pour moi un genre en soi mais un format appliqué aux autres genres, polar , historique, fantastique etc.). Cette excellente école de l’écriture aura donc été très instructive et je la recommande à tous les auteurs débutants, notez que je dis bien débutant et pas « jeune » ; il ne s’agit pas d’une question d’âge mais d’expérience. Évidemment l’âge constituant la sédimentation de l’expérience… ça aide. Depuis quelque temps et malgré moi chacune de mes tentatives de rédiger une nouvelle échoue et le récit très vite exige plus d’espace, de profondeur et de liberté que le format de la nouvelle ne peut plus satisfaire. Cet abandon est plus un fait qu’un choix. Ceci dit avec plus de 300 nouvelles en stock dont la majeure partie transformables en roman, j’ai de quoi répondre à de nombreux appels à textes ou concours littéraires pour encore de nombreuses années. Donc il n’est pas impossible de trouver prochainement encore des nouvelles signées de mon nom. J’avoue juste que je ne chercherai plus à créer pour ceux-ci à fin de me consacrer à ce que je veux écrire. Sauf si bien sûr l’inspiration s’invitait et devenait impérieuse, ce qui reste très possible.

 

Retour aux sources…

.      Ou presque. En effet il y a un bémol, une altération à cela. Le retour au format long s’impose de lui-même et ne peut plus être remis en cause désormais. En revanche mes premières rédactions étaient des romans, des récits de SF. Si je retourne au format je vais négliger le genre qui répond actuellement à des normes et des modes qui ne me correspondent plus. Ni à mon désir d’écrire comme à mes besoins. La réflexion est longue et complexe en la matière. Bien que je ne partage pas l’idée selon laquelle la SF est morte, en revanche j’admets que ma SF ne peut plus endosser davantage cette étiquette tant ma production est éloignée et contradictoire avec les codes qui la régissent actuellement en France. Cela dit j’ai encore dans mes tiroirs quelques projets littéraires que je qualifierais encore de SF et que je compte bien mener à termes. A minima deux romans, même si comme je le disais il en sera plus tellement possible de leur accorder le label SF tel qu’il s’entend encore aujourd’hui. C’est donc un milieu avec lequel je vais peu à peu prendre mes distances. Notez que je parle de la SF et pas du fantastique qui reste présent quel que soit mon « projet » et pour lequel le format de la nouvelle se justifie entièrement. À cet égard peut-être que je posterais un jour la préface (extrait) de Charles Baudelaire des nouvelles d’Alan Edgar POE dans lequel il explique et exprime combien le format de la nouvelle est idéale pour servir le genre fantastique. Et si je vous en parle c’est bien entendu que je partage son avis. Mis à part le « roman numérique » que vous pouvez lire actuellement sur ce blog de VIGO et que je livre de manière bien anarchique et qui sera ma dernière création de SF…

.      Or j’ai tant de projets historiques et polars à traiter que je ne saurais davantage les laisser en souffrance. Oui vraiment beaucoup et d’ailleurs il faut reconnaître que la majeure partie de mes publications jusqu’à ce jour appartiennent déjà à l’historique ou au polar. Mes œuvres SF sont les plus rares ; preuve s’il en est que mon écriture ne convient pas aux dogmes en vigueurs. Quant à celles qui pourraient s’estampiller du label fantastique elles sont souvent associées soit à de l’historique, au polar ou « autre ». J’avoue aussi ne pas parvenir à traiter le fantastique comme un genre en soi mais à le considérer comme une approche rédactionnelle, environnementale qui s’adapte et s’harmonise sans complexe ni difficulté aux autres genres. Comme je disais donc plus haut je crains que mes prochaines œuvres soient quelques peu contaminées par l’influence fantastique…

.      Pour clore avec ce passé je vais achever le projet en cours qui aura été un exercice salutaire dans ma reconstruction d’auteur et d’individu. Ce sera donc mon premier et dernier texte long qui puisse porter le sceau du fantastique. Ceux qui lui suivront en seront certes imprégné mais sans plus. Compte tenu de sa nature particulière la Nuit du Serpentaire paraîtra je pense à l’automne, au pire à l’hiver, en auto édition car il est hors normes tant pour les éditeurs de l’Imaginaire que pour les autres. Aussi. Achever ce titre reviendra pour moi à clôturer cette longue période de reconstruction, de réinvention et de moi-même et de mon écriture. Une manière de tourner la page avec un passé littéraire déjà révolu pour me consacrer à l’avenir.

.      Qu’ai-je donc dans mes tablettes de si important pour prendre ce double virage à 180° ? Rien d’important, juste des envies impérieuses et c’est là bien plus que suffisant. De plus la liste est tellement longue que l’énumérer serait fastidieux tandis que mes projets éventuels en « imaginaires » se limitent à deux… La balance est loin d’être équilibré et c’est donc tout naturellement qu’elle bascule. J’ai en tête une « série » hellénistique sur une période fascinante. Une autre « série » de polar non pas noir mais bien au contraire haut en couleur. Une autre série du bas moyen-âge ; évidemment le médiéviste que je suis ne manque pas d’idée sur sa période vous vous en doutez bien ! Mais comme je suis aussi ethnologue je déborde sans complexe de ma période. Mon seul souci et qui n’est pas encore tranché consiste à décider si j’adopte ou pas un pseudonyme pour ma nouvelle vie littéraire ? En ce qui concerne les nouvelles la procédure est déjà en vigueur de soumettre sous pseudonyme et d’éventuellement publier avec ; question de circonstances et d’accidents surtout quand l’éditeur publie sans m’infirmer avant. Ma réflexion en la matière n’est pas complètement aboutie puisque l’adoption d’un nouveau pseudonyme pour ma nouvelle vie littéraire s’inscrira avec une logique de rupture avec la précédente, ce qui est un fait bien que je ne renie rien de mon passé. Si cela advenait il signifierait la fin de ce blog. À suivre donc.

 

.      En conclusion une page se tourne et peut-être même qu’un livre entier s’achève pour qu’un autre commence.

 

Sébastien CLARAC

Publié dans errances...

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Fabien Lyraud 05/08/2011 13:22


Ce que tu dis sur la SF renvoie à des réflexions sur certains blog anglo saxons où l'on nous dit qu'une partie de la SF est condamnée à devenir de la fantasy.
Sinon c'est dommage que tu abandonnes le genre. D'une part, il y a une demande des lecteurs qui veulent lire de la SF à l'ancienne et qui n'en trouve pas. D'autres part le genre est assez vaste
pour que des choses différentes s'y cotoient.
Je pense qu'au contraire il faut résister aux diktats d'un certain noyau dure autoproclamé du fandom. C'est ce que je fais dans mes anthologies. Il faut résister et montrer que la SF ce n'est pas
seulement la hard science et le post modernisme. Je pense, en outre, que tu rentrerais assez bien dans la ligne éditoriale d'un éditeur comme Rivière Blanche.
Amicalement
Fabien

PS : Si parmi tes 300 nouvelles en stock tu en as une qui peut convenir pour Ecologies Etrangères n'hésites pas. Tu m'envoies d'abord un synopsis pour que je vois si ça convient et ensuite si c'est
bon tu me fais parvenir ton texte.