Vigo 2011 Épisode 06

Publié le par clarac

 

 

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Épisode 6

 

 

 

 

.      — Marion ?

.      — Manière de rester cohérent avec l’identité de Mario, sinon je préfère, et de loin que tu m’appelles Cloé.

Vigo se cala sur la banquette pour laisser un sursaut de surprise, suivi d’une onde d’angoisse et enfin une sensation de plaisir le parcourir et l’apaiser. L’envie violente d’avaler une perle de nicot le foudroya, mais il y résista.

.      — Alors comme ça tu as annexé la voiture.

.      — C’était lui ou moi, désolé je n’ai pas eu le choix. À peine le deck connecté, Mario a lancé un programme de piratage.

.      — Désolé, je n’ai pas réfléchi, j’aurais dû m’en douter.

.      — Pas de souci, moi aussi j’aurais dû me méfier. Heureusement Mario est jeune, donc inexpérimenté, il ne m’a pas posé beaucoup de résistance.

.      — Tant mieux.

.      Vigo scruta le plafond de l’habitacle avec l’étrange sensation d’être à l’intérieur de quelqu’un. Déstabilisé, un peu décontenancé et toujours fatigué par la désynchronisation…

.      — Comment as-tu fait ? Je sens bien que nous ne sommes pas encore coordonnés tous les deux.

.      — Savais-tu que pour nous le système nerveux central d’un biologique est…

.      — C’est bon, j’ai compris ; voilà pourquoi je me sens si fatigué !

.      — Désolé. Moi aussi je suis au bout du rouleau. C’est une drôle d’expérience et avant même de pouvoir m’adapter je suis obligée de batailler avec cet idiot de Mario.

.      Vigo soupira et garda le silence le temps de remettre de l’ordre dans ses idées. En fin de compte il fit glisser une perle de nicot au fond de sa gorge et soupira d’exaspération et grogna en même temps de satisfaction.

.      — Cloé, tu as accès à la mémoire de Mario ?

.      — Bien sûr, je l’ai confiné dans un nano dés à coudre d’espace. À l’étroit comme il est, et idiot aussi, il n’est pas près de nous causer des problèmes.

.      — Tant mieux, j’aurais voulu juste savoir qui voulait nous espionner.

.      — Et moi qui voulait m’asservir ! Mais là je suis épuisée, de nombreuses extensions me sont encore inaccessibles, mais au moins le modem est sous contrôle.

.      Cléo n’eut pas besoin des senseurs du véhicule pour percevoir l’irritation de Vigo. Dans l’esprit du biologique la vague d’émotion bouillonna d’un coup et elle fut surprise par l’énergie qu’il déploya pour ne pas l’exprimer. Ce voile, cette peau perméable qui séparait leurs personnalités, vibrait avec fébrilité sous l’impact de puissants désirs contradictoires. Vigo voulait à fois connaître à tout prix qui le pistait et surtout retrouver la trace du fouineur qui devait, l’espérait-il, le conduire tout droit au repère des transhumains. Or ce désir impératif se heurtait au besoin de ménager sa nouvelle partenaire… Cloé en fut touchée, aussi exotique que cela soit, les sentiments du biologique à son égard ne la laissaient pas indifférente.

.      — Bien, notre priorité absolue est notre sécurité ! Si tu t’en sens la force désactive la balise de Mario qu’on ne puisse plus nous traquer…

.      — Ce serait une erreur. Excuse-moi, Mario est « asservi », qui que soit l’individu pour lequel il opérait, il n’a aucun moyen de savoir que son espion est hors service. En revanche si je désactive la balise…

.      — Autant leur dire qu’on sait. Tu as raison, j’ignore dans qu’elle affaire exactement nous nous retrouvons, mais il serait stupide de gâcher nos rares bonnes cartes. Fait au mieux, mais…
            — Tais-toi et dors. Tu as besoin de repos et moi de reconfigurer de nombreux systèmes et logs secondaires. Ne t’inquiètes pas, ton esprit est presque un livre ouvert pour moi ; je sais très bien qu’il est très important de retrouver ce fouineur et de découvrir qui nous piste. Pour l’instant je vais donner le change et m’engager dans la circulation. Les routes sont tellement encombrées cette nuit que je devrais avoir le temps de tout régler d’ici ton réveil sans dévoiler notre jeu.

.      Vigo voulut protester dans un premier temps et avant qu’il puisse dire un mot Cloé/Marion démarra.

 

.      Rouler, peut-être à cause du ronron du moteur, des vibrations et autres sensations replongea Vigo dans une sensation sereine et sûre qui remontait à sa plus lointaine enfance, l’époque où on le berçait pour le rassurer, pour l’endormir. Aussi, même s’il lutta un petit moment, son esprit résista à force de se tendre pour assembler les pièces disparates d’une affaire sans queue ni tête, épuisé comme il l’était ; il ne tarda pas à sombrer dans le sommeil…

.      Cloé se félicita de son idée, le biologique entra très vite dans une phase de récupération. Ce qui s’avérait impératif au regard de l’état alarmant de la majeure partie de ses constantes, qui ne l’étaient plus.

.      Le principal sous-programme de Mario gérait toutes les options de la conduite et sa base de données, malgré son jeune âge, disposait déjà, et au moins dans ce secteur de pratique, une bonne sédimentation d’expérience et donc d’un stock de réponses acquises grâce à celle-ci. Ce qui lui facilita bien la tâche car du coup Cloé laissa le programme opérer en autonomie. De fait, désormais, elle se concentrait sur la traque du fouineur et celle de l’espion. Dans un premier temps celle de la petite bestiole, si d’aventure elle n’avait pas repérée ni court-circuité tous les mouchards de Mario, les traces qu’elle laisseraient sur le réseau ne seraient pas suspectes. A priori…

.      Tandis qu’elle se connectait au serveur du « Patrimoine » qui gérait les fouineurs, entres autres, une parcelle d’elle-même se lançait dans une prospection, archivage, décryptage et analyse de la masse de données du disque dur de Mario, des dossiers, des fichiers et des logs exécutables, résident, statique ou « exogène ». Elle s’assurait, surtout pour ces derniers, de les circonscrire avec discrétion. L’analyse de leur adn numérique pour tenter d’identifier leur programmeur, proto IA ou humain, viendrait plus tard, quand elle serait à nouveau en pleine possession de ses moyens.

.      Grâce à l’activation de Vigo et l’association de Marion mis à son service, la connexion au serveur avec le passe générique de la Sûreté se fit sans aucune autre formalité. Cloé sentit bien quelques « marqueurs » de le Justice enregistrer la date et l’heure de son intrusion légale. À la fin de cette affaire Vigo devrait rendre des comptes très précis de ses activités et justifier chacune d’elle et démontrer aux censeurs qu’il avait opérés dans la stricte légalité. Cloé s’inquiéta alors de la légitimité de son implication, une idée qu’elle chassa aussitôt de son esprit car elle agissait sous l’identité numérique de Mario. Bien que l’idée de s’assurer du respect du Code et de la régularité de sa démarche la tenta ; elle s’en garda, cette recherche laisserait une trace et pourrait alors la dévoiler. Tant qu’elle ignorait l’identité et les moyens d’actions de leurs ennemis, mieux valait rester prudent. Cette idée la fit sourire car elle ne possédait aucune expérience des routines ou protocoles d’espionnage ou de contre-espionnage ; pourtant son association au cerveau de Vigo lui transmettait en la matière une somme riche et complexe d’expériences et de procédures et « dogmes » très précis. Mais qui était donc Vigo en réalité pour posséder cette connaissance ?

.      Le flux d’information que déversa le serveur faillit submerger ses capacités, elle n’aurait jamais imaginé que son cousin(e) qui pilotait ce système devait gérer autant de facteurs disparates. Cléo fut impressionnée et admirative. Alors elle occulta toutes les entrées relatives au Patrimoine ordinaire pour ne prendre en compte que celui des fouineurs/traqueurs. Malgré cela le flux restait phénoménal et les capacités asservies de Mario ne furent pas superflues à Cloé pour les canaliser. À cette heure, pas loin de deux millions de fouineurs erraient dans la zone gérée par ce serveur. À cet instant mile deux cent soixante-treize alarmes actives sollicitaient des services très variés. Pour l’heure deux cent dix-huit détections de produits illicites désinhibiteurs restaient sans réaction de la part de la Sûreté qui exceptionnellement, en cette nuit singulière des festivités annuelles, en tolérait la pratique. Rien que pour le réseau de surveillance et de traitement des Eaux, trois cent douze alertes chimiques et presque autant de biologiques provoquaient des demandes d’intervention. Seules les plus urgentes se concrétisaient avec la mobilisation d’agents d’astreintes. Et enfin une multitude de signalement divers à destination de la Santé, ou d’autres coopératives régalienne. Voilà une infime parcelle des tâches qu’assumait son pair…

.      Cloé se força à se recentrer sur ses objectifs ; elle retrouva très vite le signalement de la détection du sang « exotique », le code du fouineur/découvreur et sans complètement occulter tout le reste elle téléchargea, sans encombre, le programme de suivi de la bestiole.

.      Le fouineur filait à toute allure vers le Sud. Compte tenu de la densité du trafic urbain, et des limitations drastiques des vitesses automatiques des véhicules pour protéger les fêtards insouciants, Cloé doutait d’arriver dans le secteur de la bestiole avant des siècles ! Une pointe de pessimisme qu’elle mis sur le compte de sa fusion avec le biologique et qu’elle rejeta aussitôt car cette déduction fallacieuse ne l’aidait pas et ne reposait sur rien de rationnel… Mario, ou son sous-programme de pilotage, reçu sans broncher l’ordre de pister le fouineur et de s’en approcher au plus près, au plus vite… Voilà qui ne prendrait pas des siècles, mais bien des heures. Bien assez pour s’occuper du reste…

.      Vigo dormait toujours, bien que son sommeil ne soit pas très réparateur. Son agitation visible ne témoignait que d’une infime parcelle de celle qui le perturbait en profondeur. Cloé percevait ses angoisses et les partageait. Hélas, beaucoup de ces pensées, de ses terreurs, restaient au niveau inconscient et lui restaient inaccessibles. Ce qui ne l’empêchait pas d’en éprouver les tourments et par là même les lui transmettait. Vigo avait peur… deux fois… Une première grosse angoisse, rationnelle et précise fondée sur le vécu et l’expérience et l’anticipation de la souffrance. Quant à la seconde, parfaitement irrationnelle qui se nourrissait de ses pulsions inavouées, de projections fantasmées dont l’essentiel échappait à Cloé qui ne pouvait dénouer le nœud des fils imbriqués des associations intimes et inconscientes qui l’entretenait. Vigo avait peur et il savait pourquoi…

.      Dehors, les hologrammes fêtaient toujours le solstice. Des millions de messages transitaient par le réseau pour formuler des vœux, célébrer l’insouciance, ce promettre l’amour éternel, louer la divine Gaïa de ses bienfaits… Trois cents ambulances prenaient en charges les victimes de la nuit, certaines iraient directement à la morgue, pourtant leur deck vibraient des messages qu’ils recevaient encore pour leur fêter bonheur et longue vie…

.      Cloé capta dans les « jurisprudences » acquises de Vigo tout l’intérêt que pouvait représenter cette foule numérique. Idéale pour se dissimuler dans la multitude et filer une piste avec discrétion, comme la perdre par imprudence…

.      Rien d’étonnant qu’une bonne part des logs statiques de surveillances soient ceux de la Justice ou de la Sûreté ; comment sans ceux-ci assurer la légalité de l’enquête et confirmer aux différents services impliqués les preuves de l’activation de l’enquêteur et donc de ses privilèges ? Sauf que ces mouchards statiques pouvaient être autant de balises asservies par un inconnu malveillant. Cloé apprécia donc toutes ses années passées avec Vigo, à lire, à décoder, des centaines des journaux de bord d’Arches Coloniales, souvent cryptés non seulement avec des logs complexes mais encodé pour des systèmes d’exploitations qui n’existaient plus, ou dans des schémas parfois très originaux. Ce fut donc un jeu d’enfant de verrouiller et crypter son « masque de Mario » et la vérification du codage source de chacun des mouchards fut rapide et instructif…

.      L’un d’eux possédait un virus qui copiait en temps réel les données et les renvoyait sur une ligne… directe dans un bureau du douzième étage de la Baignoire. Celui d’Antxoka. Ce qui n’avait pas de sens puisqu’en tant que doublure de Vigo il recevait déjà toutes les données. Cloé reconnu sans souci la signature de la proto IA de ce dernier enregistré lors de la validation de la doublure. C’est le log de cryptage qui attira son attention et le craquer fut enfantin. Antxoka les pistait bien avant sa déclaration comme doublure. Son investigation se limita au superficiel pour ne pas attirer l’attention. Cloé détecta une ligne active et permanente avec la Chancellerie. Plus aucun doute, Antxoka travaillait pour la Chancellerie.

.      Puis Cloé se retira brutalement, elle perçut la progression d’une autre entité cybernétique de très discrète et très expérimentée qui l’explorait à son insu. Sans sa fusion avec Vigo elle n’aurait rien remarquée tant l’espion se montrait efficace. Dans sa fuite elle repéra un troisième « agent » actif qui piratait la proto IA d’Antxoka sans donner l’alarme…

.      De retour de sa prospection elle composa le code le plus complexe qu’elle pu et piégea chacun de ses sous-programmes et elle affina ses protocoles de veille et de garde pour prévenir la menace qui s’annonçait pire que prévue…

.      Cloé se contraignit au calme, elle ne voulait pas transmettre sa propre angoisse à Vigo dont le sommeil se peuplait déjà bien assez de cauchemars.

 

 

 

 

.      Les quais sur les hangars de la rive droite de la Névarine au sud de la cité, bien loin du centre-ville et des turpitudes de la fête, par leur constance terne et inhumaine rassuraient Vigo. Au moins ici rien n’avait changé. Le rapport de Cloé renforça ses soupçons, cette fois il détenait la preuve de la complicité d’Antxoka avec la Chancellerie. À l’aube, dès les premiers rayons de soleil, son accréditation s’envolera et quoique manigance le gouvernement ils auront les coudées franches avec son éviction. Or, avec des transhumains dans la nature… Vigo se redemanda une nouvelle fois si son implication, a priori fortuite, dépendait bien du hasard et non pas d’une manigance invisible ? Car si tel était le cas le pire devenait alors inévitable.

.      L’hangar soixante-douze présentait sa face standard, identique à sa centaine de mitoyens sans signe particulier, sinon le gros chiffre peint en jaune fluo pour le distinguer des autres. Sur son deck il regardait le plan du bâtiment en rien singulier de ses voisins. Le registre d’attribution de la coopérative du Patrimoine prétendait que le locataire actuel possédait un siège social sur le continent sud (comme par hasard). Si effectivement cet hangar cachait un laboratoire de clonage clandestin il serait facile d’accuser les communautés semi autonomes issue du dernier débarquement colonial et qui firent un usage abusif du clonage lors de la précédente guerre. Des coupables désignés. Des innocents, et cela Vigo pouvait le certifier ! Personne n’était mieux placé que lui pour savoir qu’ils ne possédaient pas les compétences pour produire des transhumains. Ce qui accentua son angoisse. Bien qu’il soit un proscrit, la menace qu’il percevait sur les siens augmentait son stress et rendait l’échéance de l’aube dramatique. Vixente avait raison ; en aucun cas il ne devait perdre la main !

.      Même si, et l’idée le torturait, qu’il n’était pas impossible du tout que son peuple soit effectivement à l’origine de cette affaire. Eux seuls possédaient le savoir et le savoir-faire pour s’y essayer. Pourtant, au fond de lui et malgré la rancœur qu’il éprouvait pour les siens, il ne pouvait se résoudre à les croire coupables. Pourtant, son instinct, son intuition lui hurlait le contraire. Quelqu’un quelque part, et a priori son propre gouvernement, complotait contre les siens et par un accident, ou le fruit d’une manipulation, il se retrouvait au cœur de l’intrigue. Difficile, sinon impossible de porter un regard neutre sur cette affaire alors que l’implication devenait personnelle. L’affect, de fait, brouillait son raisonnement, parasitait la logique et augmentait le danger de manière inacceptable.

.      Le ciel restait bien sombre, mais déjà à l’horizon se devinait la clarté qui sonnerait sa condamnation. Si la Chancellerie est impliquée, je n’ai aucune chance ! Ce sentiment d’impuissance conjuguait avec l’urgence de l’action le déprima. D’un geste vif il avala une nouvelle perle de nicot et sortit de la voiture. Le deck dans une main pour se repérer, son phaser dans l’autre il s’avança vers la porte du hangar. Au moins il ne pleuvait plus et c’était déjà bon à prendre. Selon la balise le fouineur se trouvait bien dans le bâtiment, vivant et actif, occupé à déguster une lampée de sang de transhumain. Fait suspect, qui n’arrangea pas son humeur, la proto IA du patrimoine n’émit cette fois aucune alerte ! À cette heure, normalement, tout le coin devrait regorger d’agent de la Sûreté.

.      Vigo jeta un œil dépité au quai désert. Son intuition ne lui inspirait rien de rassurant.

.      Au moins la synchronisation avec Cloé était accomplie et il ne subissait plus la désorientation de la désynchronisation. Ses mains ne tremblaient plus et son arme restait stable dans sa paume. Du bout des doigts il activa son oreillette ; maintenant que Cloé contrôlait Mario il pouvait communiquer avec elle de vive voix.

.      — Du nouveau sur les espions ?

.      — Non, ils sont trop expérimentés et doivent disposer d’un puissant calculateur, ce n’est pas avec la capacité de Mario et d’un Deck que je peux rivaliser. Enfin sauf si je me sers de ton corps cérébral, mais ce n’est pas le moment.

.      — Tiens-moi informé si tu as du nouveau ; je vais entrer.

.      — Seul, tu ne devrais pas.

.      — Qui veux-tu que j’appelle, Antxoka ? Non sur ce coup-là je ne peux compter que sur moi-même.

.      — Fait bien attention à toi, si tu meurs je pars avec toi, tu le sais…

.      — Oui, je le sais. Faudra qu’un jour tu m’excuses mais là je n’ai pas le temps de t’acheter des fleurs numériques.

.      — Contente-toi de rester en vie ; je surveille les canaux de communications du coin.

.      Non sans une pointe d’inquiétude Vigo posa sa carte de néoplast rouge sur le lecteur de la serrure. La porte s’ouvrit aussitôt. Depuis le quai le hangar paraissait sombre et glacé comme une tombe…

 

.      Cloé concentrait l’essentiel de son attention sur les signes biologiques de Vigo, le reste furetait dans les flux de communications pour détecter le moindre signal suspect. Chacun des relais du quartier sous étroite surveillance, aucun signal, même passif, en provenance de ce secteur ne pouvait lui échapper. Quant à y être elle surveillait toutes les données relatives à son partenaire et surtout les consultations récentes, les mises à jour automatiques les plus fraîches et fouillait dans les « tampons » et les « cach » le moindre indice. Peu importait pour qui travaillaient les deux autres PIA espion, à un moment ou un autre elles devraient s’informer sur leur adversaire et alors peut-être commettraient-elles une erreur ? La moindre empreinte suffirait à donner une piste, un indicateur utile pour les identifier. Ce qui inquiétait le plus Cloé demeurait bien son ignorance des capacités réelles de ses ennemis ; devoir contrer la Chancellerie relevait déjà de la gageure, mais qui étaient donc les deux autres ? Avec les moyens dérisoires à sa disposition elle devait procéder avec ordre et méthodes, calculer avec soin chacune de ses prospections pour un ciblage pertinent et productif. Bien que jusque-là elle n’obtînt aucun résultat…

.      Vigo progressait maintenant avec lenteur et prudence dans le vaste hangar obscur. Par précaution il s’abstint d’allumé les lumières, mais il devrait bientôt s’y résoudre car il n’y voyait rien. L’un comme l’autre, et chacun de leur côté, progressaient à l’aveuglette.

.      Cloé éprouvait le même sentiment d’impuissance et d’urgence que son partenaire/hôte/amant/complice. Bien qu’elle gardât un œil particulier sur les censeurs domotique du bâtiment elle ne pouvait pas affirmer qu’il ne recélait aucun « locataires ». Le temps s’écoulait et le verdict terrible d’une échéance fatale s’annonçait sans qu’elle ne dispose du moindre élément susceptible de les protéger. Au contraire, toutes ces investigations laissaient des traces ; une piste que pouvait remonter sans encombre ses adversaires/ennemis. Bien qu’elle agissait avec l’identité de Mario ; si ces deux entités possédaient la moitié des capacités qu’elle soupçonnait, ils ne tarderaient pas à dévoiler sa supercherie. Car, même si elle ne pouvait pas suivre leurs propres progressions elle savait qu’ils étaient sur sa piste. Toute action entraîne une réaction, c'est-à-dire qu’elle semait un sillage qui au moins trahissait son existence.

.      Vigo se résigna à allumer le hangar. Quoiqu’il l’attende il venait de perdre l’avantage hypothétique de la surprise. Cloé sentit son cœur accélérer, sa tension augmenter et sa concentration se focaliser…

.      Cloé, par la mystérieuse alchimie de l’osmose bénéficia de ces réflexes biologiques et sa propre acuité monta d’un cran et…

.      Cloé tressaillit de terreur ! Et aussitôt elle sut que Vigo en éprouvait aussi le contrecoup. Les deux espions inconnus venaient de trouver la trace de Vigo au laboratoire de l’Université, sa signature sanguine singulière qui trahissait son « identité » n’était plus un secret pour leurs ennemis ! Cloé se maudit de ne pas avoir pensée plus tôt à sécuriser l’accès de cette proto IA, ni même d’avoir eut la présence d’esprit d’en surveiller les communications ! Trop tard ; la suractivité des espions dévoilait leur présence et déjà elle percevait leur projection vers eux.

.      — Vigo ?

.      — Qu’est-ce qui se passe ?

.      — Ils savent qui tu es !

 

Sébastien CLARAC

 

 

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MAJ 17/04/2011 (sommaire)

 

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